Alimentation

La piqûre amaigrissante marche. C’est bien là le problème.

Les GLP-1 comme Wegovy et Mounjaro fonctionnent vraiment. Mais une grande part du poids perdu peut être du muscle, et l’essentiel revient quand vous arrêtez. Voici ce que dit la recherche, et ce que vous pouvez faire.

Ashish Ranjan · 9 octobre 2026 · 8 min de lecture

Informations générales, pas un avis médical. Parlez-en à votre médecin avant de commencer, de modifier ou d’arrêter un médicament.

Commençons par un aveu qui pourrait me valoir d’être exclu de quelques groupes WhatsApp de salle de sport : la piqûre amaigrissante marche.

Pas « elle marche un peu ». Pas « elle marche si on y croit ». Elle marche. Les médicaments les plus récents en cours d’essai affichent une perte de poids moyenne proche de 30 % — des résultats pour lesquels il fallait autrefois passer par la chirurgie.

Et c’est justement là le problème. Quand quelque chose marche aussi bien, on ne se demande plus ce que l’on perd, ni ce qui se passe ensuite. Si vous êtes un professionnel très occupé et que la piqûre (ou les nouveaux comprimés) vous a déjà tenté, cet article est pour vous. Prenez un café. De préférence un café qui vous a coûté quelques pas.

D’abord, que sont les GLP-1 ?

Le GLP-1 est une hormone que votre intestin libère après un repas. Elle dit à votre cerveau « c’est bon, on arrête de manger » et ralentit la vidange de votre estomac. Les médicaments GLP-1 imitent ce signal : la satiété arrive plus tôt et dure plus longtemps. Le bruit de fond permanent autour de la nourriture s’éteint.

Voici ce qui est sur la table en 2026 :

Option Forme Perte moyenne (essais)
Sémaglutide (Wegovy) Injection hebdomadaire Environ 15 %
Tirzépatide (Mounjaro) Injection hebdomadaire Environ 21 % après 36 semaines
Orforglipron (Foundayo) Comprimé quotidien, approuvé aux États-Unis en avril 2026 Environ 11 %
Rétatrutide Injection hebdomadaire, encore à l’essai Environ 28 % après 80 semaines

Les comprimés sont plus pratiques mais moins puissants ; les injections sont plus efficaces. Jusque-là, c’est impressionnant. Passons maintenant aux petits caractères que personne n’imprime sur la boîte.

Problème 1 : ce que vous perdez n’est pas que de la graisse

Selon les études, entre 25 et 40 % du poids perdu sous GLP-1 est de la masse maigre. Dans le grand essai sur le sémaglutide, STEP-1, la proportion était d’environ 40 %. La masse maigre, ce n’est pas uniquement du muscle — elle comprend aussi l’eau et les tissus des organes —, mais le muscle en représente une grande part.

Pour faire simple : sur 10 kg perdus, jusqu’à 4 kg ne sont peut-être pas de la graisse.

Pourquoi c’est important : le muscle ne sert pas qu’à se plaire dans le miroir. Il entretient votre métabolisme, protège vos articulations, aide à contrôler votre glycémie et vous permet de rester solide en vieillissant. À partir de la quarantaine, vous perdez de toute façon un peu de muscle à chaque décennie, sauf si vous l’entraînez. Y ajouter une perte musculaire due au médicament, c’est comme puiser dans votre épargne-pension pour payer des vacances.

La balance descend. Le miroir dit « plus mince ». Mais en dessous, vous avez peut-être échangé une version plus grande de vous-même contre une version plus molle et plus faible.

Problème 2 : arrêtez le médicament, et le poids revient

Ces médicaments agissent tant que vous les prenez. Arrêtez-les, et l’appétit revient comme un collègue de retour de vacances : bruyant, affamé et plein d’histoires à raconter.

En 2026, une méta-analyse d’Oxford publiée dans The BMJ a regroupé 37 études et plus de 9 000 personnes. Après l’arrêt du sémaglutide ou du tirzépatide, les participants reprenaient environ 0,8 kg par mois et devaient, selon les projections, retrouver leur poids de départ en un an et demi environ. Rien que la première année, la reprise moyenne était de 9,9 kg. C’est environ quatre fois plus rapide qu’après un programme comportemental de perte de poids, où l’on construit des habitudes au lieu de les emprunter.

Les bénéfices pour la santé s’estompent aussi : la tension artérielle et la glycémie reviennent en grande partie à leur niveau de départ.

Pour être honnête, la vie réelle peut se montrer plus clémente. Une étude de la Cleveland Clinic portant sur près de 8 000 patients a constaté que les gens n’avaient repris que 0,5 % de leur poids corporel dans l’année suivant l’arrêt — mais beaucoup d’entre eux avaient recommencé le médicament ou étaient passés à un autre traitement. Dans les deux cas, le message reste le même : sans plan, les kilos ont un billet aller-retour.

Problème 3 : en Belgique, c’est à vos frais

En juin 2026, le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke a décidé de ne pas rembourser Wegovy pour la perte de poids. Il a suivi l’avis de la commission des médicaments de l’INAMI et a invoqué le coût, qui pourrait atteindre des milliards d’euros par an si tous les patients éligibles y avaient accès.

La France a fait le choix inverse : à partir du 15 juin 2026, Wegovy et Mounjaro y sont remboursés à 65 % en cas d’obésité sévère, sous des conditions strictes. En Belgique, les médicaments GLP-1 restent remboursés pour le diabète de type 2, mais depuis février, il faut pour cela l’accord préalable de votre mutualité. Pour la perte de poids seule, c’est de votre poche.

Voici donc le calcul qui fâche : vous pourriez payer chaque mois pour perdre vos propres muscles — puis payer encore, en kilos, à l’arrêt.

Et surtout, ne cherchez pas une source moins chère sur internet. Le Centre Antipoisons signale une hausse des appels liés à des surdoses de ces médicaments. Faites-les prescrire, et faites-vous suivre.

Le rebondissement : même médicament, autre corps

C’est ici que ça devient intéressant. Dans une étude de 2025 présentée au Congrès européen sur l’obésité, 200 adultes sous sémaglutide ou tirzépatide recevaient aussi des explications sur la musculation et sur la quantité de protéines à manger. Au bout de six mois, ils avaient perdu 12 à 13 % de leur poids corporel — et environ 1 kg de muscle, voire moins.

Sur le papier, c’est bien moins que la perte de masse maigre de 25 à 40 % des essais précédents, même si les deux n’ont pas été mesurées de la même façon. Le médicament était le même. Ce qui a changé, c’est la barre et l’assiette.

Ce sont des données préliminaires : l’étude n’avait pas de groupe témoin, et en mai 2026, aucun essai contrôlé randomisé n’avait encore testé la musculation spécifiquement comme réponse à la perte musculaire sous GLP-1. Mais cela concorde avec tout ce que l’on sait déjà sur une perte de poids bien menée : faites de la musculation, mangez assez de protéines, et une plus grande part de ce que vous perdez viendra de la graisse.

Le raccourci, ce n’est pas la piqûre. Ce sont les habitudes.

Le médicament baisse le volume de la faim. Il ne construit pas de muscle, il ne vous apprend pas à cuisiner, et il n’ira certainement pas à la machine à café à pied à votre place.

Le plan d’action, si vous êtes sous GLP-1 ou que vous y songez

Vous travaillez de 9 h à 17 h. Certains jours, de 9 h à 21 h. Voici la version courte.

  1. Faites de la musculation au moins trois fois par semaine. Travaillez tous les grands groupes musculaires, et commencez dès les premières semaines du traitement — pas une fois le muscle déjà parti. Quarante-cinq minutes suffisent largement. Si vous débutez, faites d’abord vérifier votre technique par quelqu’un.
  2. Mangez des protéines à chaque repas. Pendant une perte de poids, un objectif courant est d’environ 1,2–1,6 g par kg de poids corporel et par jour ; si vous avez beaucoup de poids en trop, calculez-le plutôt à partir de votre poids cible. Avec un petit appétit, cela veut dire les protéines d’abord : œufs, yaourt grec, poulet, poisson, tofu, lentilles, un shake s’il le faut vraiment. Si vous avez des problèmes rénaux, convenez de votre objectif avec votre médecin.
  3. Ne vous fiez pas qu’à la balance. Mesurez votre tour de taille, prenez des photos et, idéalement, faites mesurer votre composition corporelle par un scan. Si votre force diminue, c’est un signal d’alarme, pas une victoire.
  4. Bougez tout au long de la journée. Marchez après le repas de midi, prenez l’escalier, restez debout pendant vos appels. Le médicament ne fera pas vos pas à votre place.
  5. Prévoyez une porte de sortie avant d’en avoir besoin. Mettez-vous d’accord avec votre médecin sur la manière et le moment d’arrêter le médicament, et profitez de cette période pour installer les habitudes qui maintiendront votre poids sans lui.

Voyez la piqûre comme les petites roues d’un vélo. Utiles pour démarrer — mais à un moment donné, il faut apprendre à pédaler seul.

En résumé

Les médicaments GLP-1 sont une véritable avancée et, pour beaucoup de personnes vivant avec une obésité, ils peuvent changer une vie. Je ne suis pas là pour culpabiliser qui que ce soit de les prendre.

Mais l’aiguille ne peut que vous mettre en route. Faire tenir le résultat, c’est la part qui vous revient — et c’est précisément là que j’accompagne les professionnels très occupés, en néerlandais ou en anglais : une musculation qui s’intègre à un emploi à temps plein, des protéines que vous mangerez vraiment, et un plan pour l’après-piqûre.

Cet article donne une information générale et ne constitue pas un avis médical. Les décisions de commencer, de doser ou d’arrêter un médicament appartiennent à votre médecin. Les muscles, à vous.

Sources

  1. GLP-1 Pipeline Update: May 2026 — Prime Therapeutics, 22 mai 2026
  2. FDA Approves Lilly's Oral GLP-1 Orforglipron for Obesity — AJMC, 1 avril 2026
  3. Retatrutide Achieves Up to 30.3% Average Weight Loss in Phase 3 TRIUMPH-1 Trial — AJMC, 21 mai 2026
  4. Muscle Loss on GLP-1 Medications: How to Protect Your Lean Mass — JumpstartMD, 5 octobre 2026
  5. How to Avoid Muscle Loss on GLP-1 Drugs (2026 Guide) — Fitness Volt, 2 mai 2026
  6. Study suggests lean muscle mass loss can be minimized during weight loss therapy using newer incretin obesity drugs — European Association for the Study of Obesity (EurekAlert!), 9 avril 2025
  7. Weight regain after cessation of medication for weight management: systematic review and meta-analysis — The BMJ, 7 janvier 2026
  8. Weight Regained Within 18 Months of Stopping GLP-1 Drugs — TCTMD, 8 janvier 2026
  9. Stopping GLP-1 Medications: Weight Regain and How to Protect Your Results — JumpstartMD, 5 octobre 2026
  10. Model Finds Weight Regain After Stopping Semaglutide or Tirzepatide — Drug Topics, 10 septembre 2026
  11. Vandenbroucke weigert terugbetaling afslankmedicijn Wegovy: "Zou andere noodzakelijke zorg verdringen" — VRT NWS, 3 juin 2026
  12. Obésité : prise en charge de WEGOVY et MOUNJARO à partir du 15 juin 2026, sous conditions — VIDAL, 28 mai 2026
  13. Overdoses from drugs used for weight loss on the rise in Belgium — The Brussels Times, 4 novembre 2025
Ashish Ranjan s’entraîne en salle

Ashish Ranjan

coach sportif et nutritionnel

Diplôme INFS en fitness et nutrition. Je m’entraîne depuis plus de six ans à côté d’un emploi de 9 h à 17 h et j’accompagne des professionnels très occupés en néerlandais et en anglais.

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